Bibliothèques et archives d'Ajaccio : où chercher l'histoire de la Corse

Pour qui veut comprendre l'histoire de la Corse autrement que par les guides, Ajaccio offre deux portes d'entrée majeures : une bibliothèque patrimoniale du XIXe siècle, installée dans le palais Fesch, et les Archives de Corse. À ces ressources locales s'ajoutent les collections numérisées des institutions nationales. Mode d'emploi.
La bibliothèque du palais Fesch
La notice Mérimée du palais Fesch en résume l'histoire. La bibliothèque est fondée en 1801 par Lucien Bonaparte, frère de Napoléon, qui la dote de 12 310 ouvrages. Ses fonds proviennent ensuite des confiscations révolutionnaires, d'envois de l'État et de legs de personnalités et d'érudits locaux.
Le palais lui-même est construit à partir de 1827 sur ordre du cardinal Joseph Fesch, oncle de Napoléon, et achevé vers 1837. La bibliothèque occupe l'aile nord de cet ensemble de trois corps de bâtiments disposés autour d'une cour ; elle est inaugurée le 14 mai 1850. Sa grande salle, éclairée par seize baies, est caractéristique des bibliothèques construites sous le Second Empire, avec ses boiseries, ses rayonnages et ses tables de lecture en noyer. La notice précise qu'elle comprend trois salles, dont seule la première est accessible au public.
La protection est double. Les boiseries, l'ensemble de la collection de livres et la grande table centrale de lecture sont classés au titre des objets mobiliers depuis le 21 janvier 1986. La bibliothèque elle-même est classée monument historique par un arrêté de 2011, qui s'ajoute au classement des façades, toitures et escalier d'honneur du palais en 1976.
Ce qu'on y cherche
Une bibliothèque patrimoniale de ce type conserve des livres anciens, des imprimés locaux, des périodiques, parfois des manuscrits. Pour un chercheur, elle est le lieu où trouver les ouvrages imprimés sur la Corse aux XVIIIe et XIXe siècles, les éditions anciennes de textes historiques et la presse locale. Les conditions d'accès et de consultation, notamment pour les documents fragiles, sont fixées par la bibliothèque : il faut se renseigner avant de venir.
Les Archives de Corse
Les archives publiques de l'île sont aujourd'hui gérées par la Collectivité de Corse, qui a succédé en 2018 aux deux départements et à l'ancienne collectivité territoriale. Les Archives de Corse conservent, comme tous les services d'archives territoriaux, des catégories de documents bien définies :
- les registres paroissiaux et d'état civil, indispensables pour la généalogie ;
- le cadastre, ses plans et ses matrices, qui permettent de suivre l'histoire d'une parcelle ou d'un bâtiment ;
- les minutes des notaires, riches en contrats de mariage, partages et ventes ;
- les archives de l'administration : préfecture, services de l'État, collectivités ;
- des fonds privés déposés ou donnés par des familles, des entreprises, des associations.
Une partie de ces documents est numérisée et consultable en ligne, notamment l'état civil ancien. Pour le reste, la consultation se fait en salle de lecture, sur inscription. Avant toute visite, il est utile de préparer sa recherche : nom de la commune, période, type d'acte recherché.
Les ressources nationales
De nombreux documents sur la Corse sont conservés hors de l'île, dans les institutions nationales :
- la Bibliothèque nationale de France, dont la bibliothèque numérique Gallica donne accès à des cartes, plans, estampes et imprimés ; c'est là que l'on trouve, par exemple, le plan d'un lazaret projeté à la pointe d'Aspretto reproduit dans notre article sur le lazaret d'Aspretto ;
- les Archives nationales, qui conservent les dossiers des grands travaux de l'État, comme les plans de la cathédrale d'Ajaccio au XIXe siècle ;
- la Plateforme ouverte du patrimoine (POP) du ministère de la Culture, qui rassemble les notices des monuments protégés (base Mérimée) et des objets mobiliers (base Palissy).
Méthode : trois exemples
Retrouver l'histoire d'un monument
Commencer par la notice Mérimée, qui donne les dates de construction, les architectes et l'arrêté de protection ; puis chercher dans Gallica les plans et estampes, et aux Archives de Corse les délibérations municipales et les dossiers de travaux.
Remonter une généalogie
Partir de l'état civil numérisé, puis compléter avec les registres paroissiaux pour les périodes antérieures à la Révolution, et avec les actes notariés pour les liens de parenté et les biens.
Étudier un événement culturel récent
Pour des événements des années 2000 et 2010, comme les rencontres « Science et humanisme » d'Ajaccio, les sources principales sont la presse régionale, les archives de la radio et de la télévision, et les traces numériques conservées par les services d'archivage du web. C'est la méthode que nous avons suivie pour notre article sur ces rencontres.
Lire en corse
Les fonds patrimoniaux comprennent aussi des imprimés en langue corse, dont l'histoire éditoriale est plus récente que celle des textes en italien ou en français. Sur la situation actuelle de la langue, voir notre article sur la langue corse. Et sur un texte majeur consacré à l'île au XVIIIe siècle, voir Rousseau et la Corse.
Conseils pratiques
Pour toute recherche en archives ou en bibliothèque patrimoniale, quelques règles simples font gagner du temps : vérifier les jours et horaires d'ouverture, s'inscrire si nécessaire, noter précisément les cotes des documents demandés, apporter de quoi prendre des notes au crayon. La photographie sans flash est souvent autorisée pour un usage personnel, mais les règles varient selon les établissements et les documents.
Sources
- Ministère de la Culture, base Mérimée, notice PA00099071, « Palais Fesch », Ajaccio.
- Loi n° 2015-991 du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République (création de la Collectivité de Corse au 1er janvier 2018).
- Archives nationales, dossiers de travaux des cathédrales (1802-1912), plans de la cathédrale d'Ajaccio au XIXe siècle.
- Bibliothèque nationale de France, Gallica, « Plan d'un lazaret projetté au lieu dit Punta di Aspretto » (btv1b53281442n).
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