Ajaccio génoise : la citadelle et la vieille ville, histoire d'un promontoire

La vieille ville d'Ajaccio tient sur un promontoire qui avance dans le golfe. À son extrémité, la citadelle ; derrière elle, un quadrillage de rues étroites, la cathédrale, la maison natale de Napoléon. Ce noyau ancien s'est formé en moins d'un siècle, entre la fin du XVe et la fin du XVIe, au rythme des rivalités entre Gênes et la France.
Une ville neuve génoise
Ajaccio n'est pas une ville antique continue. L'Ajaccio moderne naît à la fin du XVe siècle, quand l'Office de Saint-Georges, la banque qui administre alors la Corse pour le compte de Gênes, décide de fonder une place forte sur la côte ouest. La date de 1492 est traditionnellement retenue pour la fondation de la ville. Selon la notice Mérimée de la citadelle, les Génois bâtissent en 1487 et 1488 un donjon au bout du promontoire, premier élément fortifié du site.
La ville est d'abord peuplée de colons ligures ; les Corses de l'intérieur n'y sont admis que progressivement. Ce caractère de ville fondée, planifiée et contrôlée se lit encore dans le plan régulier des rues de la vieille ville.
La citadelle, œuvre française puis génoise
Paradoxalement, l'essentiel de la citadelle n'est pas génois. Pendant les guerres d'Italie, les troupes françaises, alliées aux Ottomans et appuyées par Sampiero Corso, occupent une grande partie de l'île à partir de 1553. La notice précise que la citadelle est édifiée pour l'essentiel de 1554 à 1559, œuvre du maréchal de Termes puis de son successeur Giordano Orsini. Ils construisent les fronts bastionnés côté terre, relient les ouvrages extrêmes au donjon et flanquent les courtines de deux tours, dites de l'Étendard et du Revelan. L'ensemble est entouré d'un fossé mis en communication avec la mer.
Après le départ des Français en 1559, à la suite du traité du Cateau-Cambrésis, les Génois reprennent la place et la modifient. Sous la direction de l'ingénieur Jacopo Pratino, ils construisent un saillant face à l'ancien château, et les deux tours sont remplacées par les redans de Saint-Jean et de Saint-Mathieu. De 1770 à 1829, après le rattachement de la Corse à la France, de nouveaux aménagements sont réalisés : fossés secs à la place des fossés en eau, construction du Bastion neuf en 1775, entre autres.
Les fortifications, avec fossés, escarpes et contrescarpes, sont inscrites au titre des monuments historiques par arrêté du 18 juillet 1975. Le site est aussi référencé comme site archéologique. Longtemps occupée par l'armée, la citadelle reste un ensemble que l'on regarde surtout de l'extérieur, depuis le port, la plage Saint-François ou le boulevard Danielle-Casanova.
La cathédrale
La cathédrale Santa Maria Assunta, ou Notre-Dame-de-l'Assomption, est, selon sa notice de protection, une église de style Renaissance commencée en 1582 et inaugurée en 1593. Elle est classée monument historique depuis le 30 octobre 1906. Sa propriété a été transférée à la Collectivité territoriale de Corse en 2003-2004. Napoléon Bonaparte y fut baptisé en 1771.
La maison Bonaparte
À quelques rues de là, la maison où naît Napoléon le 15 août 1769 est classée monument historique par arrêté du 23 avril 1924. La notice indique que sa construction remonte au début du XVIIe siècle, qu'elle comptait alors deux étages et trois à la naissance de Napoléon, et que Charles Bonaparte, son père, y fit construire une terrasse en 1774. Propriété de l'État, elle est aujourd'hui un musée national. Nous la présentons avec les autres musées de la ville dans notre article sur les musées d'Ajaccio.
Une protection d'ensemble
Au-delà des monuments, c'est le tissu urbain qui est protégé. La notice du palais Fesch rappelle que le centre historique d'Ajaccio est un site inscrit depuis le 5 octobre 1977 et qu'une zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP) y a été créée le 12 avril 2005. Ces dispositifs, transformés depuis en sites patrimoniaux remarquables par la loi de 2016, encadrent les travaux sur les façades, les toitures, les devantures et les espaces publics.
Promenade de lecture
Quelques repères pour parcourir la vieille ville avec ces informations en tête :
- Le port et la jetée : la meilleure vue d'ensemble sur les bastions de la citadelle et sur le front de mer de la vieille ville.
- La plage Saint-François : elle longe le demi-bastion et l'échauguette, au pied des murailles.
- La cathédrale : façade Renaissance, plan centré sur la coupole.
- La rue Saint-Charles : maison Bonaparte et immeubles anciens aux rez-de-chaussée voûtés.
- Le palais Fesch et la chapelle impériale, au nord de la vieille ville, qui témoignent du XIXe siècle napoléonien.
De la citadelle, le regard porte vers l'entrée du golfe, où d'autres ouvrages complètent le dispositif de défense et de surveillance : la tour de la Parata et l'archipel des Sanguinaires (voir notre article) et, plus largement, le réseau des tours génoises.
La ville s'étend au XIXe siècle
Au XIXe siècle, Ajaccio sort de ses murs. La ville devient chef-lieu du département de la Corse en 1811, et de grands axes sont tracés vers le nord, comme le cours Napoléon. À la fin du siècle, la douceur de l'hiver attire une clientèle de villégiature, souvent britannique : un quartier d'hôtels et de villas se développe à l'ouest, sur les pentes qui dominent le golfe. Plusieurs de ces bâtiments sont aujourd'hui protégés, comme l'ancien Grand Hôtel du cours Grandval, construit à partir de 1869, et l'hôtel Palace-Cyrnos, inscrits au titre des monuments historiques en 1990 selon leurs notices Mérimée. La vieille ville génoise devient alors un quartier parmi d'autres, mais elle reste le cœur symbolique de la cité.
Sources
- Ministère de la Culture, base Mérimée, notice PA00099062, « Citadelle », Ajaccio, arrêté d'inscription du 18 juillet 1975.
- Ministère de la Culture, base Mérimée, notice PA00099058, « Cathédrale Santa Maria Assunta ou cathédrale Notre-Dame », Ajaccio.
- Ministère de la Culture, base Mérimée, notice PA00099066, « Maison de Napoléon Bonaparte », Ajaccio.
- Ministère de la Culture, base Mérimée, notice PA00099071, « Palais Fesch », Ajaccio (mentions du site inscrit et de la ZPPAUP).
Histoire & patrimoineLes tours génoises
Des postes d'observation construits au XVIe siècle contre les incursions barbaresques, devenus emblèmes du littoral.
Histoire & patrimoineLe lazaret d'Aspretto
Un établissement sanitaire voulu en 1837, achevé en 1847 et presque aussitôt détourné de son usage.
Histoire & patrimoineLes Sanguinaires et la Parata
Tour de guet, phare, sémaphore et premier lazaret d'Ajaccio : un petit territoire chargé d'histoire, protégé depuis 1936.