Les îles Sanguinaires et la pointe de la Parata : tour, phare, lazaret et Grand Site

À une douzaine de kilomètres du centre d'Ajaccio, la route du littoral s'arrête au pied d'un promontoire couronné d'une tour ronde. Au-delà, quatre îlots de roche sombre s'alignent vers le large : ce sont les Sanguinaires. Ce petit territoire, parmi les plus visités de Corse, concentre en quelques hectares plusieurs couches d'histoire : défense, navigation, quarantaine et protection des paysages.
Un archipel à l'entrée du golfe
L'archipel des Sanguinaires prolonge la pointe de la Parata, qui ferme au nord-ouest le golfe d'Ajaccio. La plus grande île, Mezu Mare, porte le phare et les anciens bâtiments de service. Le nom de l'archipel est souvent rapproché de la couleur rouge que prennent les roches au coucher du soleil, une explication séduisante mais difficile à vérifier ; d'autres hypothèses la rattachent à un ancien nom de lieu.
Le site se présente, selon le rapport de l'Inspection générale de l'environnement et du développement durable (IGEDD) examiné en 2023, comme « une tête de proue sur la Méditerranée ». Il est entièrement public : la Ville d'Ajaccio et la Collectivité de Corse possèdent les terrains, l'État le domaine public maritime, à l'exception d'une petite parcelle privée sur la Parata.
La tour de la Parata
La tour qui domine la pointe appartient au réseau de tours littorales construites sous l'administration génoise pour surveiller les côtes et donner l'alerte en cas d'approche de navires barbaresques. Les dates de construction avancées pour celle de la Parata varient selon les sources entre le milieu du XVIe et le début du XVIIe siècle ; nous n'avons pas trouvé de notice de protection qui tranche. Elle adopte le plan circulaire de la plupart des tours génoises de l'île, quelques-unes seulement étant de plan carré. Le programme d'action du Grand Site prévoit sa restauration. Pour comprendre le système de ces tours, voir notre article sur les tours génoises de Corse.
Le premier lazaret d'Ajaccio
Avant Aspretto, c'est aux Sanguinaires qu'Ajaccio isolait les équipages et passagers suspects d'épidémie. L'isolement insulaire était un atout : on pouvait y débarquer les personnes sans contact avec la ville. Mais la distance avait un coût. En 1837, l'intendance sanitaire d'Ajaccio demande le remplacement de ce lazaret, jugé trop distant, par un nouvel établissement sur la pointe d'Aspretto ; c'est ce que rapporte la notice Mérimée de l'ancien lazaret d'Aspretto. L'histoire de ce second bâtiment est racontée dans notre article sur le lazaret d'Aspretto.
Le lazaret de Mezu Mare n'a pas disparu pour autant : le rapport de l'IGEDD le cite parmi les éléments du patrimoine bâti du Grand Site, et le programme d'action prévoit d'établir un diagnostic du sémaphore et du lazaret de l'île. Pour replacer ces établissements dans leur contexte, voir notre histoire des lazarets en Méditerranée.
Le phare et le sémaphore
Le phare des Sanguinaires, sur Mezu Mare, signale l'entrée du golfe d'Ajaccio. Il appartient au réseau des phares construits ou modernisés au XIXe siècle pour sécuriser la navigation côtière. Un sémaphore, poste d'observation et de signalisation, complète le dispositif. Le rapport de 2023 mentionne une réflexion engagée sur le devenir de ces deux bâtiments, dont l'usage a changé avec l'automatisation de la signalisation maritime.
Le phare est aussi entré dans la littérature. Dans les Lettres de mon moulin, publiées en 1869, Alphonse Daudet consacre une lettre au « Phare des Sanguinaires », où il évoque les nuits passées auprès des gardiens, le vent et les oiseaux de mer. Le texte, tombé dans le domaine public, se lit librement dans les éditions numérisées de la Bibliothèque nationale de France.
Des protections successives
La protection des paysages a commencé tôt. D'après le rapport de l'IGEDD, l'archipel est inscrit au titre des sites dès 1936, la partie nord du golfe en 1951 ; les îles Sanguinaires et une partie du domaine public maritime sont classées en 1974, la pointe de la Parata en 1995. Ces protections relèvent de la loi de 1930 sur les monuments naturels et les sites, aujourd'hui intégrée au code de l'environnement : dans un site classé, toute modification de l'état des lieux est soumise à autorisation.
À partir de 2001, une Opération Grand Site cherche à répondre à une fréquentation jugée envahissante et à des aménagements des années 1960 et 1970 peu respectueux du paysage. Les accès motorisés sont limités, un parking et une maison d'accueil sont créés. Un syndicat mixte est constitué en 2016 par la Ville d'Ajaccio et le département de la Corse-du-Sud, remplacé ensuite par la Collectivité de Corse, rejoints en 2018 par la communauté d'agglomération du pays ajaccien.
Le label Grand Site de France est attribué le 17 mars 2017, puis renouvelé par une décision ministérielle du 16 février 2024. Le périmètre labellisé couvre 72,5 hectares, l'un des plus petits Grands Sites de France.
Un site fragile et très fréquenté
Le rapport estime la fréquentation à près de 400 000 visiteurs par an. Ces visiteurs sont très divers : excursionnistes déposés par autocar ou par bateau pour une courte visite, sportifs, familles ajacciennes du dimanche, promeneurs venus pour le coucher du soleil. L'ensemble du Grand Site est couvert par des zones naturelles d'intérêt écologique et des sites Natura 2000. Rester sur les sentiers, ne pas cueillir, emporter ses déchets : ces consignes ne sont pas des formalités dans un milieu aussi exposé au piétinement et au vent.
La meilleure manière de découvrir le site reste la marche : le sentier qui monte vers la tour offre une vue sur l'archipel et, par temps clair, sur la côte jusqu'au golfe de Sagone.
Sources
- Inspection générale de l'environnement et du développement durable, rapport n° 015093-01 sur le renouvellement du label Grand Site de France « Îles Sanguinaires – Pointe de la Parata », 2023.
- Décision du 16 février 2024 relative au renouvellement du label Grand Site de France « Îles Sanguinaires – pointe de la Parata », Bulletin officiel du ministère de la Transition écologique.
- Ministère de la Culture, base Mérimée, notice PA00099064, « Ancien Lazaret d'Aspretto ».
- Alphonse Daudet, Lettres de mon moulin, « Le phare des Sanguinaires », 1869.
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